Écrire librement : sortir du jugement, s’affranchir du regard

Si tu me lis, c’est que tu es déjà convaincu(e) des bienfaits de l’écriture.
Mais te sens-tu réellement libre et en sécurité dans ton espace d’écriture ?
J’ai remarqué parfois que je pouvais me censurer dans un espace d’écriture qui, pourtant, devrait être un lieu de liberté et de bien-être.
Un espace que je maîtrise. Un espace à moi.
As-tu déjà vécu ce moment où tu écris sur tes émotions, sur ce que tu ressens vraiment et tu te dis : « Je ne peux pas écrire ça. » ; « Et si quelqu’un me lisait ? »; « Si je l’écris, alors ça devient vrai… ça devient avoué. »
Cette censure arrive souvent à deux endroits très précis.
D’abord face à notre propre jugement. Puis face au regard réel ou imaginaire des autres.
Le premier frein : se juger soi-même
Parfois, personne ne nous lira jamais.
Et pourtant, on n’écrit pas, parce que nous sommes les premier(e)s à nous juger.
Nous censurons nos mots avant même qu’ils ne prennent forme.
Nous décidons que certaines pensées sont inacceptables ou moches.
Alors nous les repoussons hors du papier… mais pas hors de notre tête.
Et pourtant, ne pas écrire ne fait pas disparaître ce que l’on ressent. Au contraire. Tant que ce n’est pas mis sur le papier, on rumine et ça prend encore plus de place.
C’est précisément parce que l’on couche ces pensées sur le papier que l’on peut ensuite les observer, comprendre d’où ils viennent, le mécanisme pour ensuite les transformer ou prendre conscience, parfois simplement, que ce n’est pas si grave.
Oui, c’est parfois douloureux de l’écrire.
Mais c’est encore plus douloureux de le laisser enfermé en soi.
Comme le rappelle Julia Cameron, on ne peut pas se transformer dans un espace surveillé.
La liberté d’écriture n’est pas un luxe. C’est une condition.
Premier pas concret:
Avant d’écrire, pose ce cadre intérieur :
Je suis ici dans mon espace d’écriture. Je suis en sécurité. J’exprime librement mes pensées sans me juger.
J’ai le droit de penser cela. J’ai le droit de ressentir cela.
Une fois que les mots sont sortis, tu leur as donné une forme.
Et seulement alors, tu peux décider de la suite.
Mais te juger avant même d’écrire, c’est t’empêcher d’avancer.`
Le deuxième frein : être lu, le regard des autres
Vient ensuite une autre peur, tout aussi puissante : et si quelqu’un lisait mon journal ?
Cette peur touche à l’intimité, à la vulnérabilité, aux frontières personnelles.
Il ne s’agit pas de la nier, mais de l’écouter.
- De quoi as-tu besoin pour te sentir en sécurité ?
Se priver de cet espace d’expression par peur, n’est-ce pas trop cher payé ?
Quelques pistes à explorer :
Qui pourrait réellement lire ce journal ?
Est-il possible de poser une limite claire avec ces personnes ?
Peux-tu dire explicitement :
« Ceci est mon journal. Il est personnel. J’ai besoin que cela soit respecté. »
Peux-tu signaler physiquement sur le carnet qu’il n’est pas à lire ?
Questions pour éclaircir cette peur
Et si personne ne lisait jamais ces pages… qu’est-ce que j’écrirais vraiment ?
Qu’est-ce que je m’interdis d’écrire “au cas où” ?
Qui est la personne imaginaire que je crains le plus comme lectrice ?
Souvent, cette peur du regard extérieur rejoint une autre réalité. Celle selon laquelle nous avons déjà intégré ce regard en nous.
Solutions pour restaurer un sentiment de sécurité
- Détruire ce que tu viens d’écrire juste après.
- Écrire pour libérer, pas pour conserver.
- T’enregistrer sur ton téléphone.
- Écrire de manière illisible : écrire une ligne, puis repasser par-dessus
(astuce partagée par Lorraine C. Laids). - Replier la page, dessiner une croix rouge, écrire « FERMÉ ».

Là où les deux peurs se rejoignent
La peur de se juger et la peur d’être lu se rejoignent à un point précis :
le contrôle.
Mais écrire n’est pas figer les choses. Écrire, c’est les mettre en mouvement.
L’écriture n’est pas une condamnation, mais une tentative de compréhension, une ouverture vers le changement.
Comment te sentir en sécurité dans ton espace d’écriture ?
– Demande-toi de quoi as-tu besoin pour te sentir suffisamment en sécurité pour être honnête ?
– Créer un rituel de sécurité : écrire toujours au même endroit, au même moment, avec une bougie, une odeur, un objet rassurant.
Pour terminer, je te laisse avec ces questions, comme un fil de cheminement :
– Qu’est-ce que je n’ose pas formuler par peur de ce que cela dirait de moi ?
– Quel regard ai-je intégré sans m’en rendre compte ?
– Quelles protections concrètes puis-je mettre en place ?
Et si ton journal n’était qu’un passage ?
Écrire, ce n’est pas figer ce qui est. Écrire, c’est oser le regarder pour pouvoir le transformer.
